LE JOURNAL DU DROIT DES JEUNES

L'éditorial de Florence Bourton et Benoit Van Keirsbilck dans le JDJ N°373

Une belle lešon de participation politique

«Je fais un rêve dans lequel trop, c’est trop».
Le 24 mars 2018, Yolanda Renee King – la petite-fille de Martin Luther King, d’à peine neuf ans ! – exprime devant les centaines de milliers de personnes qui ont investi les rues de Washington sa demande d’en finir avec la vente libre des armes à feux. De nombreux autres jeunes orateurs se sont succédé au micro.

Parmi ceux-ci, Emma Gonzales, survivante de la fusillade du lycée de Parkland du 14 février dernier, qui a couté la vie à 17 personnes. Il s’agissait de la 18ème tuerie dans une école américaine depuis le 1er janvier 2018…

Du haut de ses 18 ans, la jeune Emma est suivie par plus d’un million de personnes sur tweeter, soit plus que la National Rifle Association (NRA). Si ça ce n’est pas un fameux pied de nez…

Si, par le passé, plusieurs manifestations et protestations anti-armes ont eu lieu après des événements tragiques, la «March for Our Lives» est devenue la plus grande manifestation contre les armes de l’histoire des États-Unis.

Plus que l’initiative d’un jour, c’est un mouvement citoyen porté, en grande partie, par des jeunes. Ils soutiennent cinq revendications, parmi lesquelles le financement de la recherche et de la prévention relatives à la violence liée aux armes à feu, la vérification des antécédents de tout acheteur et le développement d’un réel organe de contrôle des ventes d’armes (1).

Une chose est sûre, ce n’est pas en armant les enseignants qu’on règlera le problème, pas plus qu’en parant les enfants d’un gilet pare-balles !

On ne peut que se réjouir de l’ampleur de ce mouvement, malgré la tristesse de l’événement qui l’a vu naître. Ils aiment scander qu’ils sont «la jeunesse qui votera en 2020» (et pour certains, déjà aux midterm elections en octobre prochain) et on sent la fébrilité dans les états-majors des partis. Reste à espérer que le mouvement «March for Our Lives» tienne avec la même fougue jusque là.

Ce ne serait pas la première fois qu’on verrait le soufflé retomber, les souvenirs de la tragédie s’éloignant, par manque de moyens de mobilisation sur la durée et du fait des entraves qui lui sont faites (2)… à l’inverse des partisans «pro-armes», conservateurs et autres suprémacistes blancs qui font preuve d’un dévouement à toute épreuve, par pluie comme par beau temps, et qui peuvent compter sur de plantureux bénéfices, engrangés depuis des années par leur entreprise mortuaire.

Quoi qu’il en soit, cela montre que les jeunes aussi se mobilisent, que – contrairement à ce que certains politiciens rabâchent pour les faire taire – ils sont assez matures pour se prononcer sur des questions politiques qui les concernent, et surtout qu’ils ont des choses à dire et à revendiquer, qu’ils osent s’exprimer devant des foules nombreuses et qu’ils le font avec un aplomb qui laisse pantois !

Belle démonstration de l’exercice du droit à la participation, y compris sur le plan politique !

On ne sait pas ce que tout ça donnera, mais l’on sent planer un vent d’espoir et ça fait du bien ! Savoir que les générations montantes sont capables de se mobiliser en force, avec une telle capacité de conviction, ne peut que nous réjouir.

Florence Bourton et Benoit Van Keirsbilck

(1) https://marchforourlives.com/how-we-save-lives/
(2) Certaines écoles ont menacé d’exclusion les élèves qui se rendaient à ces marches.